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13.07.2026 | Amandine

En ce moment, tout le monde ne parle que de sport : c’est la Coupe du monde de football et l’équipe nationale suisse s’est hissée jusqu’aux quarts de finale. Bien entendu, pour réaliser des performances de haut niveau de manière constante, une bonne alimentation est essentielle pour les sportifs d’élite. Mais dans quelle mesure le fait de choisir le meilleur lait y contribue-t-il réellement ? Et est-il vrai, comme le suggère une nouvelle campagne de Swissmilk, que le lait de vache est la meilleure option pour nos os ?

L’affiche de Swissmilk, diffusée par phases sur différents supports publicitaires depuis le début de la Coupe du monde, montre trois footballeurs visibles des cuisses aux pieds. Ils portent des shorts rouges, des jambières rouges et des chaussures de football de différentes couleurs. Leurs tibias sont couverts de cicatrices et il y a de la boue sous leurs chaussures. En légende, on peut lire : « Fière partenaire des os suisses » et le logo de Swissmilk. Le message suggéré ici est clair : le lait est bon pour les os ! Mais est-ce vraiment le cas ? Ou s’agit-il là d’un mythe dépassé ?

Nutriments importants : les protéines et le calcium

Pour trouver le lait le mieux adapté à ses besoins, il est utile de consulter les informations nutritionnelles au dos de l’emballage. On constate alors rapidement que le lait de vache n’est pas aussi avantageux qu'on pourrait le croire en termes de macronutriments. Le lait de vache contient notamment nettement plus de matières grasses et de sucres que les laits végétaux. En matière de protéines non plus, le lait de vache n’est pas le leader incontesté : il occupe seulement la deuxième place derrière le lait de soja, comme nous l’avons déjà détaillé dans cet article. Ainsi, si l’on cherche à réduire son apport calorique tout en augmentant légèrement sa consommation de protéines, le lait de soja est le meilleur choix. Et pour les personnes qui ne se soucient pas particulièrement de maximiser leur apport en protéines, le lait d’avoine ou un autre lait végétal constituent des options tout à fait appropriées.

Parmi les micronutriments présents dans le lait de vache et le lait végétal, le calcium joue un rôle particulièrement important, car il est étroitement lié à la santé osseuse. Il détermine (outre d’autres fonctions importantes) la dureté des os, mais uniquement en association avec les fibres organiques et élastiques du tissu conjonctif dans lesquelles le calcium est stocké. Lorsque, avec l'âge, cette structure osseuse organique se développe moins bien pour des raisons hormonales et constitutionnelles, une ostéoporose peut apparaître ; la substance osseuse devient plus poreuse et plus sujette aux fractures. Cela entraîne fréquemment des fractures de la hanche. Mais comment prévenir au mieux ce phénomène ?

Le lait de vache est-il une bonne source de calcium ?

« Le lait de vache contient du calcium. Et pour avoir des os en bonne santé, il faut du calcium. Par conséquent, si l'on veut avoir des os solides, il faut absolument boire beaucoup de lait de vache. » – C’est en gros le raisonnement que la campagne de l’organisation de lobbying Swissmilk cherche à véhiculer. Or, cela n’est pas tout à fait vrai ; il s’agit plutôt d’un mythe très répandu et réfuté depuis longtemps. Examinons cela de plus près.

Ce qu’il faut savoir : Le lait de vache contient environ 120 milligrammes de calcium pour 100 millilitres. Dans les laits végétaux, la teneur en calcium varie naturellement, c’est pourquoi ceux-ci sont souvent enrichis afin d’atteindre également les 120 milligrammes. À cet égard, le lait de vache et la plupart des laits végétaux sont donc équivalents. Les besoins quotidiens d’un adulte s’élèvent à environ 1000 mg de calcium par jour et les Suisses boivent en moyenne un verre de lait par jour.

Si l'on voulait couvrir ses besoins en calcium avec du lait de vache, il faudrait donc en consommer plus de quatre verres (de 200 ml chacun) par jour. Cela impliquerait également l’ingestion d'une quantité importante de graisses animales malsaines (30 g) et de sucre sous forme de lactose (40 g). Ces chiffres peuvent surprendre. En effet, beaucoup ignorent que le lait de vache contient même plus de calories que le Coca-Cola. Mais heureusement, il n’est pas du tout nécessaire de boire autant de lait de vache, car les aliments d'origine végétale constituent de bien meilleures sources de calcium : les graines de sésame, par exemple, contiennent pas moins de 783 milligrammes de calcium pour 100 grammes, et les noix, les légumineuses et d’autres légumes en fournissent également plus de 200 milligrammes. Nous avons dressé une liste des meilleures sources végétales de calcium dans un article à part. Vous trouverez également de plus amples informations sur les nutriments essentiels dans notre brochure « Végane pour la santé ».

Il n'est donc pas vrai que le lait de vache soit une source indispensable de calcium. Bien au contraire : pour couvrir ses besoins quotidiens en calcium, on peut tout à fait se passer du lait de vache à condition de consommer suffisamment d’aliments d’origine végétale, qui font de toute façon déjà partie d’une alimentation saine et équilibrée.

Le calcium renforce-t-il les os ?

Le fait est que la masse osseuse se constitue principalement au cours des premières années de la vie.  C’est donc à cette période qu’un apport suffisant en calcium est particulièrement important. À partir de 30 ans environ, la masse osseuse diminue progressivement en raison de changements hormonaux et constitutionnels.  On sait par exemple que l’œstrogène a un effet protecteur sur les os, ce qui explique pourquoi les femmes sont particulièrement touchées par l’ostéoporose à partir de la ménopause.

Mais contrairement à ce que suggèrent les affiches de Swissmilk,  consommer davantage de lait de vache à l’âge adulte ne permet pas de renforcer ses os. En effet, cela a été réfuté scientifiquement depuis longtemps : en 2015, la revue scientifique The BMJ a par exemple conclu, à l’issue d’une vaste analyse systématique portant sur plus de 40 études en médecine nutritionnelle, qu’il n’existait aucun lien entre l’apport en calcium par l’alimentation et le risque de fracture osseuse. De plus, il n’existe aucune preuve qu’une augmentation de l’apport en calcium puisse prévenir les fractures.1 Une méta-étude de l’Université de Zurich portant sur plus de 190 000 participantes est également parvenue à la même conclusion en 2011 : quelle que soit la quantité de lait de vache consommée par les participants, aucun lien significatif n’a été établi avec le nombre de fractures de la hanche.2 Enfin, une autre analyse des données nationales relatives à la consommation de produits laitiers et à la fréquence des fractures de la hanche, publiée en 2020, est même parvenue à la conclusion suivante : c’est dans les pays où la consommation de lait et de calcium est la plus élevée que l’on recense le plus grand nombre de fractures de la hanche3 – un résultat qui peut sembler paradoxal, mais qui a été confirmé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).4

En résumé, il n’est pas mauvais de consommer du calcium en quantité suffisante, mais miser sur le lait de vache à cette fin n’est certainement pas la bonne approche !

Activité sportive, alimentation saine et vitamine D

Pour en revenir au football : outre l’alimentation, le sport et l’activité physique constituent un facteur très important pour la santé osseuse. Selon une équipe de recherche du National Centre for Sport and Exercise Medicine, la solidité osseuse des patientes et des patients atteints d'ostéoporose peut être optimisée grâce à un entraînement ciblé de musculation et de mise en charge, ainsi qu'à des exercices visant à améliorer la posture.5 Il va de soi que cette même approche pourrait également s’avérer efficace à titre préventif. En d’autres termes : les os soumis régulièrement à des sollicitations préservent leur solidité. C’est le seul point que l’affiche de Swissmilk restitue avec justesse : le sport (comme le football) renforce les os (suisses).  Le lait de vache, par contre, n’a rien à voir là-dedans.

D’ailleurs, un grand nombre d’athlètes de haut niveau ont délibérément adopté une alimentation à base de plantes. Qui ne connaît pas, par exemple, la star du football Lionel Messi ? En 2014, il est passé à un régime « plant forward », c’est-à-dire qu’il a réduit au minimum sa consommation d’aliments d’origine animale afin d’améliorer ses marqueurs inflammatoires et de raccourcir son temps de récupération après l’entraînement. On peut également citer la légende de la Formule 1, Lewis Hamilton, qui est végane depuis 2017. Ou encore les joueurs de tennis professionnels Novak Đoković (n° 1 mondial) et Venus Williams (championne olympique), ainsi que « l’homme le plus fort d’Allemagne », Patrik Baboumian, qui suivent eux aussi un régime à base de plantes, voire végétalien.

Et la liste est encore longue ! (Une liste complète des célébrités véganes est disponible sur notre site.) Dans tous les cas, une chose est sûre : une alimentation majoritairement ou exclusivement végétale permet tout à fait d’avoir des os en bonne santé et de mener une vie active et sportive. Le lait de vache n’est ni indispensable, ni même utile à cet effet.

Pour finir, il convient de mentionner qu’il existe un autre micronutriment très important pour la santé osseuse : la vitamine D. Celle-ci favorise l’absorption du calcium et la minéralisation des os. Malheureusement, en Suisse, plus d’un tiers des adultes et 40 à 50 % des enfants présentent une carence en vitamine D.6 C’est pourquoi il est utile de faire évaluer son taux de vitamine D et d’envisager une supplémentation, quel que soit son régime alimentaire

Conclusion

Avec son affiche, Swissmilk réduit des questions complexes à un seul produit. Le sujet du lait (végétal), du calcium et de la santé osseuse est toutefois plus complexe qu’il n'y paraît. Et le lait de vache ne contribue justement pas à des os plus sains – du moins, aucune preuve ne vient étayer une telle affirmation.

Bien sûr, les campagnes publicitaires ont le droit de simplifier les choses. Mais elles ne devraient pas pour autant véhiculer des promesses en matière de santé qui ne sont pas corroborées par des preuves scientifiques. Alors, carton jaune pour Swissmilk !

Sources

1: Bolland et al (2015): «Calcium intake and risk of fracture: systematic review» In: The BMJ;351:h4580. https://doi.org/10.1136/bmj.h4580

2: Bischoff-Ferrari et al: «Milk intake and risk of hip fracture in men and women: A meta-analysis of prospective cohort studies» In: Journal of  Bone and Mineral Research, 14. Oktober 2010. https://doi.org/10.1002/jbmr.279

3: Willett & Ludwig (2020): «Milk and Health» In: The New England Journal of Medicine 2020;382:644-54. https://doi.org/10.1056/NEJMra1903547. Les auteurs soulignent que d'autres facteurs, tels que le statut en vitamine D et l'origine ethnique, pourraient jouer un rôle dans l'explication de cette corrélation, mais ils insistent sur le fait qu'une faible consommation de produits laitiers semble compatible avec un faible taux de fractures de la hanche.

4: «The paradox (that hip fracture rates are higher in developed countries where calcium intake is higher than in developing countries where calcium intake is lower) clearly calls for an explanation. To date, the accumulated data indicate that the adverse effect of protein, in particular animal (but not vegetable) protein, might outweigh the positive effect of calcium intake on calcium balance.» (https://web.archive.org/web/20200709214343/https://www.who.int/nutrition/topics/5_population_nutrient/en/index25.html)

5: Brooke-Wavell et al (2022): «Strong, steady and straight: UK consensus statement on physical activity and exercise for osteoporosis» In: British Journal of Sports Medicine 2022;56:837-846, https://doi.org/10.1136/bjsports-2021-104634

6: https://www.edi.admin.ch/dam/fr/sd-web/7ahCvsFYUPsh/stellungnahme-eek-studie-bolland-fr.pdf 

 

 

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