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18.08.2026 | Amandine

Le 27 septembre 2026, la population suisse se prononcera sur l’initiative « Pour une alimentation sûre ». Celle-ci n’est soutenue par aucun grand parti et rejetée aussi bien par le Parlement que par le Conseil fédéral. Néanmoins, Swissveg est favorable à cette initiative. Dans cet article, nous passons en revue les arguments les plus fréquemment soulevés à son encontre.

L’initiative s’articule autour de trois axes principaux afin de renforcer la sécurité alimentaire :

  • Renforcer durablement la production indigène
  • Viser un taux d’auto-approvisionnement de 70 % en favorisant les aliments d’origine végétale
  • Préserver la fertilité des sols, protéger la biodiversité et garantir une eau potable propre

Les opposants à l’initiative tentent de faire croire aux électeurs que si le texte était adopté, ils ne pourraient plus consommer de produits d’origine animale. L’Union des paysans zurichois a déjà publié plus de 50 vidéos sur Instagram afin de véhiculer cette idée. Les opposants à l’initiative se battent avant tout pour préserver leurs privilèges en tant que producteurs de viande et de lait, deux produits qui sont actuellement les principaux bénéficiaires de la politique agricole de la Confédération. En effet, les détracteurs sont surtout des représentants de divers secteurs de l’industrie de la viande, qui ont uni leurs forces afin de pouvoir continuer à profiter des milliards versés par la Confédération. Comme les sommes en jeu sont colossales, tous les moyens sont bons pour y parvenir, quitte à faire passer la vérité sous silence. Voici une analyse des déclarations des lobbyistes de la filière de la viande :

Cette initiative est un « diktat végane »

Les opposants à l’initiative1 tentent de la discréditer en la présentant comme une réglementation alimentaire. Or, le texte de l’initiative ne contient aucune interdiction. Même si l’initiative est adoptée, chacun pourra continuer à manger ce qu’il souhaite. Ce qui changerait toutefois, c’est que la Confédération n’investirait plus 6 millions d’argent public dans la publicité pour la viande. Les subventions agricoles ne favoriseraient plus l’élevage de manière aussi unilatérale. La population ne serait plus incitée à consommer de la viande. Cela n’a rien d’un « diktat végane ».

Aujourd’hui, 78 % des 3,6 milliards de subventions agricoles sont allouées à la production de denrées d’origine animale.2 

« 60 à 70 % des terres agricoles sont des prairies et ne peuvent être utilisées que pour la production de viande et de lait »

Ce chiffre provient de l’Union suisse des paysans et a été repris tel quel, sans vérification, par l’Office fédéral de la statistique. Dès lors qu’une vache se trouve sur une parcelle, cette dernière est considérée comme une prairie, quelle que soit la qualité du sol. En réalité, de nombreuses surfaces servant actuellement de pâturage sont parfaitement cultivables. Sur les surfaces impropres à la culture, l’initiative permet néanmoins aux agriculteurs de continuer à pratiquer une production alimentaire adaptée. Elle n’a donc aucun impact sur les prairies. Ce qu’elle souhaite changer, c’est le fait que plus de la moitié des terres arables fertiles sont utilisées pour produire du fourrage. Il s’agit d’un gaspillage colossal, qui oblige la Suisse à importer plus de la moitié des aliments d’origine végétale consommés sur son territoire.

60 % des terres arables sont destinées à la culture fourragère plutôt qu’à la culture de denrées alimentaires végétales destinées aux êtres humains.

« La Confédération n’a pas à nous dicter ce que nous avons le droit de manger »

L’initiative ne contient aucune disposition relative à l’alimentation. Elle exige toutefois un rééquilibrage de la politique de subventions de la Confédération, aujourd’hui axée de manière unilatérale sur la consommation de viande et de produits laitiers. Les subventions unilatérales accordées à la publicité pour la viande, d’un montant annuel d’environ 6 millions de francs, seraient supprimées.

« Oui, il faut augmenter notre taux d’auto-approvisionnement alimentaire, mais pas comme ça »

Le moyen de loin le plus efficace pour augmenter notre taux d’autosuffisance consiste à raccourcir la chaîne alimentaire. Aucune autre mesure ne permet d’économiser autant de calories que ce simple changement. En consommant directement des végétaux plutôt que de faire un détour par les animaux, nous pouvons accroître drastiquement le nombre de calories produites sur une même superficie. Rejeter cette mesure essentielle revient à rejeter l’augmentation du taux d’autosuffisance et à maintenir la Suisse dans une situation de dépendance vis-à-vis des importations. Il est étonnant de constater que ce sont précisément les milieux qui s’opposent à toute dépendance vis-à-vis de l’étranger qui, en matière d’alimentation, font tout pour que celle-ci soit maintenue.

La Confédération a déjà un mandat constitutionnel visant à garantir l’approvisionnement de la population (article 104 de la Constitution fédérale). Or, avec un taux d’autosuffisance inférieur à 50 %, elle ne remplit pas ce mandat. Si elle était adoptée, l’initiative permettrait de faire respecter ce mandat en visant un taux d’auto-approvosionnement d’au moins 70 %.

« Cette initiative prend les agriculteurs pour cible »

Aujourd’hui, les agriculteurs suisses qui produisent du lait ou de la viande vivent en grande partie grâce aux subventions de l’État. Ils disposent néanmoins d’un faible revenu et la surproduction continue de faire baisser les prix. Le taux de suicide dans le monde paysan est très élevé. Pour les agriculteurs aussi, il est temps que les choses changent. L’initiative apporte une solution concrète à ce problème. Elle favorise l’agriculture en permettant une transition vers une production plus durable. Actuellement, les fabricants d’alternatives végétales à la viande tels que The Green Mountain et Planted, par exemple, doivent importer la totalité de leurs protéines de pois car les terres arables suisses sont consacrées à la production de viande et de lait. L’initiative propose de soutenir les agriculteurs suisses dans leur réorientation en leur offrant des services de recherche, des conseils et des formations. 
Les cheptels de vaches laitières et de porcs sont en baisse depuis des années. Le secteur agricole suisse va donc inévitablement devoir s’adapter. Sans cette initiative, il n’y aura toutefois aucun soutien de la part de la Confédération, qui continuera à se concentrer sur la production de viande et de lait, alors même que le marché évolue dans une autre direction. 
L’initiative représente donc une formidable opportunité pour les acteurs du secteur agricole de s’adapter aux nouvelles conditions du marché.

« Il est impossible d’atteindre un taux d’auto-approvisionnement de 70 % en 10 ans seulement »

Il est vrai que l’initiative vise un objectif de 70 % d’auto-approvisionnement dans un délai de 10 ans. Cependant, viser un certain objectif dans un délai donné ne signifie pas pour autant qu’il soit obligatoire de l’atteindre d’ici là. L’initiative cherche simplement à tracer une orientation claire avec un objectif certes ambitieux, mais réalisable. Les arguments remettant en cause la viabilité de l’initiative sont donc soit malhonnêtes, soit fondés sur une méconnaissance des faits. 
Selon une étude réalisée en 2025 par l’ETH Zurich en collaboration avec le FiBL, il serait même possible d’atteindre un taux d’autosuffisance supérieur à 100 % si les mesures nécessaires étaient mises en œuvre de manière cohérente. Parmi celles-ci figurent notamment la réduction du gaspillage alimentaire et l’utilisation des terres arables pour la production alimentaire plutôt que pour la culture fourragère (stratégie « Feed-no-Food »). Parallèlement, l’impact environnemental de la production alimentaire serait considérablement réduit. Étant donné que, selon la Confédération, la consommation de viande en Suisse est environ trois fois supérieure à la quantité recommandée, il est grand temps de passer de la promotion de la viande à celle des aliments d’origine végétale. Une telle réorientation, combinée à la transition agricole, permettrait d’influencer indirectement la demande. Et même si les habitudes alimentaires ne devaient pas changer radicalement à court terme, il serait au moins possible de réduire considérablement les importations d’aliments d’origine végétale.

 

Conclusion

L’initiative mettrait fin à la priorité unilatérale accordée aujourd’hui à la production de viande et de lait, au détriment de l’environnement et de la santé. La Confédération cesserait d’accorder un soutien financier à la publicité pour la viande. Contrairement à aujourd’hui, la production d’aliments d’origine végétale serait davantage encouragée que la production de viande. Les agriculteurs souhaitant passer du secteur déficitaire de l’élevage à la production d’aliments d’origine végétale bénéficieraient d’un soutien de la Confédération dans le cadre de cette initiative.  
Cependant, ni les agriculteurs ni les consommateurs ne seraient contraints à quoi que ce soit. 

Au Parlement, que ce soit au Conseil national ou au Conseil des États, personne ne s’est prononcé en faveur de l’initiative. Le Conseil fédéral aussi rejette l’initiative. Le PS, les Verts et le GLP ont voulu élaborer un contre-projet mettant l’accent sur la promotion de l’alimentation végétale, mais leur initiative n’a pas abouti. Lorsqu’il s’agit de mettre en place un système agricole davantage orienté sur l’alimentation végétale, il devient impossible de compter sur le soutien des partis politiques. Grâce à cette initiative, la population aurait toutefois le pouvoir de mettre fin à la politique unilatérale de promotion de la viande et de s’engager sur une voie plus durable.

  1. Texte de l'initiative
  2. Prise de position du Conseil fédéral selon laquelle 78 % des subventions agricoles sont destinées à l'élevage : Interpellation : Réorienter la promotion des ventes vers une production alimentaire durable et adaptée aux conditions locales
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