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ÉCOLOGIE ET ALIMENTATION

Quelles sont les conséquences écologiques de la consommation de viande ? 

Extrait de la brochure sur l'écologie de Swissveg, éditée en décembre 2016 (version allemande) et en mars 2017 (version française)

 

Thèmes

Consommation de viande 
Terres
Montagnes
Eau
Soja
Gaz à effets de serre
Substances nocives
Alimentation
Antibiotiques
Mers
Subventions
Que faire ?
 

Augmentation de la production mondiale de viande

Malgré la baisse de la consommation de viande dans les nations industrialisées, la consommation globale est en hausse. En 2009, 284 millions de tonnes de viande ont été produites à l'échelle mondiale. Depuis 1980, la production de viande a plus que doublé.1 En 2007, l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait pronostiqué que la production de viande globale pourrait augmenter à environ 300 millions de tonnes jusqu'en 2016.2 Cette prédiction s'est déjà réalisée en 2012.

Rien qu'en Suisse, 3 460 000 tonnes de viande ont été consommées en 2014 (excl. sang, os, etc.).3 Cela comporte d'énormes impacts écologiques qui, jusqu'à ce jour, ont été pris trop peu en considération. 

Consommation de terres

En Suisse, environ 67% des terres agricoles sont utilisés pour l'élevage et la culture de produits de fourrage. Cela correspond à la moyenne mondiale.4

Aux Etats-Unis, 230 000 km2 de terres sont utilisées pour la production de foin pour les animaux d'élevage, contre 16 000 km2 (= 7%) pour les aliments végétaux. 5  La raison pour laquelle l'élevage prend autant de place est qu'il faut non seulement de l'espace pour les animaux, mais aussi des terres sur lesquelles cultiver leur nourriture.
Sur une surface agricole nécessaire à la production d'un kilo de viande, on pourrait cultiver 200 kg de tomates ou 160 kg de pommes de terre.6

La consommation de terres agricoles pour la production de viande a également un impact sur la forêt amazonienne : en Amérique centrale, 40% de la forêt amazonienne a été déboisée ou brûlée au cours des 40 dernières années, surtout afin d'obtenir des pâturages ou de la matière fourragère.7 Dans une étude publiée en 2006, l'Organisation mondiale de l'alimentation FAO a constaté que 70% des forêts amazoniennes déboisées servaient à présent de pâturages et que les 30% restants était investis pour la culture des matières fourragères. La FAO a noté dans la même étude que 70% des terres agricoles mondiales sont utilisées pour l'élevage.8 Cela concerne aussi la Suisse. Chaque jour, la Suisse importe 800 tonnes de soja comme matière fourragère pour les animaux, majoritairement depuis le Brésil.9

Régions montagneuses

Le monde entier dispose d'environ cinq milliards d'hectares de terres arables. Or, pour des raisons topographiques, seul un tiers de ces terres sont utilisables à des fins agricoles. Parmi elles, 70% servent à cultiver des matières fourragères.10 Un ratio similaire peut être observé en Suisse.11

Cette surface n'étant pas suffisante pour satisfaire la demande de produits d'origine animale, on essaie de l'élargir en rendant les régions montagneuses accessibles pour les bovins. Cependant, les régions montagneuses sont naturellement l'espace vital des chamois et des bouquetins, qui ne représentent qu'une fraction des bovidés.

Les montagnes suisse sont des zones écologiques sensibles. Pour cette raison, les prés de montagne méritent une protection particulière, car ils offrent un espace vital pour une multitude d'espèces végétales et animales rares. La fine couche de végétation des Alpes n'est pas suffisante pour porter le décuple du poids des habitants naturels des montagnes. De plus, les régions montagneuses herbues sont également chargées de quantités de nitrates provenants des excréments des bovins, en quantité beaucoup plus importante que celle des animaux sauvages.

Il est d'ailleurs à prendre en considération que les paysans des montagnes sont dépendants d'aides financières supplémentaires afin de pouvoir survivre économiquement. L'élevage d'animaux pour la production de viande dans les régions montagneuses n'est alors méritante ni sur le plan écologique, ni sur le plan économique. En revanche, certains agriculteurs innovants donnent l'exemple en montrant que la montagne se prête très bien aux cultures d'herbes et de safran.

Consommation d'eau

On dit que les futures guerres seront dues à l'eau, et non plus au pétrole. Un ménage moyen boit environ 2 à 5 litres d'eau potable par an, et consomme entre 100 et 500 litres à des fins ménagères (douches, lessives, etc.). Ces chiffres sont presque négligeables si l'on considère les 2000 à 5000 litres par jour nécessaires à la production d'aliments pour une famille moyenne.

Bien souvent, dans le contexte de la lutte contre la faim dans le monde, on parle uniquement de ravitaillement alimentaire en négligeant les quantités d'eau nécessaires à la production des denrées. À ce titre, une réunion12  a été organisée à Stockholm en 2004 pour traiter exclusivement le sujet de la pénurie d'eau qui touche une grande partie de l'humanité. Les résultats qui ont découlé sont intéressants, notamment sur le plan éco-alimentaire :
Pour savoir si une famille consomme plutôt 2000 ou 5000 litres d'eau pour ses aliments, il faut analyser ses habitudes alimentaires.

Dans le monde entier, environ 1200 m3 d’eau par personne sont consommés pour la production de denrées alimentaires. Dans les régions les plus pauvres du monde, où la population n'a guère les moyens de s'offrir des produits d’origine animale, la moyenne avoisinne plutôt les 600 litres. Au contraire, dans les région où l'on consomme le plus de viande (les États-Unis et l’UE), on a besoin de 1800 m3 d’eau par personne et par an.

La production d’un kilo de viande de boeuf nécessite 15 500 litres d’eau – une quantité inimaginable qui s’explique d’un côté par le besoin en eau des animaux et, de l’autre, par la culture de leur nourriture. À titre de comparaison, la production d’un kilo de pommes de terres nécessite seulement 900 litres d’eau.13

L'essor de la consommation de produits d’origine animale se traduit par une hausse constante des besoins en eau de l’agriculture mondiale. Dans certaines régions d'Inde, on est désormais obligé de pomper l’eau à plus de 1000 mètres de profondeur, alors que la génération précédente se servait encore de puits creusés à la main pour les irrigations. À l’heure actuelle, 95% des petits puits sont desséchés.14 D'autres pays asiatiques connaissent un développement similaire. Aux États-Unis, des surfaces de plus en plus grandes sont en train de se dessécher, et les pâturages sont irrigués artificiellement, ce qui provoque une baisse continuelle de la surface de la nappe phréatique

« Le principal responsable de la crise globale de l’eau, c’est l’agriculture. Elle seule consomme 70% de l’eau potable disponible, dont un tiers est utilisé par l’élevage. Ceci n’est en aucun cas dû à la grande soif des vaches ou des cochons, mais plutôt à la consommation indirecte. »15

Cultures de soja

Dans les années 90, l'import de soja comme matière fourragère pour les poules, les cochons et les vaches a doublé. Rien qu'en Suisse, on importe à l'heure actuelle presque 800 tonnes de soja par jour (280 000 tonnes par an)23, majoritairement en provenance du Brésil. En effet, on y détruit des éco-systèmes entiers pour les champs de soja. Même si des efforts sont déployés pour importer du soja de production durable, la quantité ne sera jamais suffisante dans la pratique. Face à la constante augmentation de la consommation de viande, l'organisation de l'alimentation et de l'agriculture de l'ONU a prognostiqué une hausse de la production de soja de 265 millions de tonnes (à l'heure actuelle) à 330 millions de tonnes d'ici 2020.24

D'ailleurs : la consommation de soja / tofu des personnes végétariennes ne représente qu'une toute petite part de l'ensemble de la production (env. 5 %)25

Bien que les personnes végétariennes mangent en moyenne plus de produits à base de soja par voie directe que les carnivores, leur consommation de soja est beaucoup plus basse. Cela s'explique par le simple fait que les mangeurs de viande consomment indirectement le soja qui, à l'origine, servait de fourrage aux animaux. En Europe, le soja destiné à la consommation humaine provient exclusivement de fèves cultivées sans OGM. Le tofu disponible en Suisse est produit presque entièrement à base de fèves biologiques (les OGM ne sont pas autorisés dans la production biologique). Chez Coop, on trouve même des produits au tofu à base de fèves bio suisses, cultivées dans le Jura. 

La culture de matière fourragère pour la Suisse nécessite une surface de plus de 200 000 hectares à l'étranger. Cela équivaut à l'ensemble des terres agricoles ouvertes dans toute la Suisse.26

Effet de serre

La fabrication de produits d'origine animale génère dans tous les cas plus d'émissions de gaz à effet de serre que celle des produits végétaux. Cela s'explique par la prolongation de la chaîne alimentaire par l'estomac de l'animal, qui se nourrit lui-même de végétaux (c.f. paragraphe sur le gaspillage alimentaire). 

L'élevage a un impact considérable sur le déréglement climatique. Selon la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), 18% des émissions de gaz du monde entier sont causées par l'élevage. Des examens réalisés par le Worldwatch Institute parlent même d'un taux allant jusqu'à 51% en tenant compte de tous les aspects.27 Dans tous les cas, les deux études démontrent que le secteur de l'élevage dans sa globalité produit plus de gaz à effet de serre que l'ensemble du trafic mondial.28 

Il est alors indéniable que l'élevage a un impact considérable sur les effets de serre. L'élevage de ruminants est particulièrement problématique (boeufs, moutons), étant donné que leur système digestif émet des gaz (méthane) hautement polluants pour l'environnement.

L'école polytechnique de Zurich (ETH) a calculé qu'en mangeant végétarien une fois par semaine, la population suisse pourrait économiser une quantité de gaz équivalent à un trajet en voiture de 3,7 milliards de km, soit 10 millions de trajets en voiture d'un bout à l'autre de la Suisse.29 La production d'un kilo de viande de boeuf est autant nocive pour le climat que 250 km en voiture.30

L'effet de serre est causé entre autres par les gaz de méthane, de dioxyde de carbone et d'oxyde azotique. Tous les trois sont produits en grande quantité dans l'élevage agricole. À eux seuls, les 1,3 milliards de bovins élevés dans le monde entier (ou plutôt les personnes qui consomment leur viande) sont responsable de 12% des émissions de méthane de la planète. À l'échelle mondiale, l'élevage cause 115 millions de tonnes (= 115 000 000 000 kg) de méthane chaque année. Cela est d'autant plus grave si l'on considère qu'une molécule de méthane contribue 25x plus à l'effet de serre qu'une molécule de dioxyde de carbone.31

Plutôt local que végétal ?

Afin de réduire les impacts de notre alimentation sur le climat, les institutions écologiques recommandent souvent de consommer des produits régionaux et biologiques. Mais à lui seul, le bio n'est pas la solution au problème du climat. Des chercheurs allemands ont constaté dans des expériences qu'en matière d'émissions de gaz, le mode de production (biologique ou conventionnel) n'est pas si important ; ce qui importe vraiment, c'est la quantité de viande de bœuf et de produits laitiers consomméS. De plus, une étude du World-Watch Institute a révélé que le transport des aliments constituait uniquement 10% de toutes les émissions de gaz à effet de serre.32
Ce qui est décisif pour un choix alimentaire durable, c'est la production d'un aliment ; sur ce plan, les produits d'origine animale sont plus polluants que les aliments végétaux. En d'autres termes : une viande régionale cause toujours trois fois plus de CO2 qu'un légume importé par bateau.

Les conséquences de notre alimentation sur le climat apparaissent plus clairemwent quand on compare les émissions de CO2 à un trajet en voiture : sur une année, une alimentation biologique pour une personne à base de viande, de produits laitiers et d'œufs génère autant de gaz à effet de serre qu'un trajet en voiture de 4377 kilomètres. Dans le cas d'une alimentation végane biologique, l'émission de gaz à effet de serre pour une année est équivalente à un trajet de 281 kilomètres seulement. La conclusion est évidente :

Moins on consomme des produits d'origine animale, plus on protège le climat.

Émissions d'ammoniac

Le grand nombre d'animaux d'élevage (possible uniquement grâce à l'importation de fourrage) comporte aussi des problèmes écologiques sur le plan national. Tandis que les matières fécales de provenance humaine passent par les stations d'épuration, les excréments des animaux sont versés ou dispersés dans les champs. Ainsi, dans le monde entier, deux tiers de l'oxyde azotique (N) sous forme d'ammoniac (NH3) est causé par les émissions de l'élevage.33 La Suisse est le trosième plus grand émetteur d'ammoniac en Europe. Avec un taux de 92%, le secteur agricole est le principal responsable de l'ensemble des émissions d'ammoniac en Suisse. Au sein de l'agriculture, avec 90%, la production animale est celle qui contribue le plus à ces émissions.34

Des résidus d'ammoniac, dispersés par l'air dans les mares, les forêts ou les prés entraînent une perte de la biodiversité. Les quantités de nitrate et de phosphores altèrent la qualité de l'eau. En Suisse, les surplus d'oxyde azotique (=ammoniac, nitrate) de 100 000 tonnes stagnent depuis des années.35 Aux États-Unis, la pollution de l'environnement par les maitères fécales des animaux est 130 fois plus haute que celle provoquée par les humains.36

« Les nitrates dans les nappes phréatiques mettent en danger l'être humain, car ils peuvent être transformés en nitrosamines cancérigènes dans le corps. »43

 

Pollution de l’air par les particules fines

L'ammoniac provenant des matières fécales animales joue un rôle crucial dans l’acidification de la pluie, mais pas seulement : il contribue également à la formation d'aérosols secondaires dans l’atmosphère, qui portent atteinte à la santé humaine sous forme de particules fines (PM10). Selon les calculs de l'ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), Philippe Roche, les particules fines seraient chaque année responsables de la mort de 3700 personnes en Suisse. Il estimait les coûts de la santé supplémentaires imputables à cette pollution de l’air à près de 4,  milliards de francs par an.37 Malgré sa grande part de responsabilité dans ce problème, l'élevage n'est guère pris en considération dans la lutte contre les particules fines dangereuses. La réaction de l'ancien président de la Confédération suisse et ministre de l'environnement, Moritz Leuenberger, lors de la conférence de presse au sujet des particules fines du 2 février 2006 montre à quel point le monde politique rechigne à aborder ce sujet. Interpelé sur la part de responsabilité revenant à l'agriculture dans la pollution par les particules fines, il répondit laconiquement : « Un sujet délicat. »

Acidification des sols

L'élevage entraîne une dégradation de la biodiversité dans des systèmes écologiques entiers tels que les forêts, les marais et les prairies. L'ammoniac et les oxydes d’azote (NOX) sont en grande partie responsables de l’acidification des sols. En quelques années seulement, les apports en engrais massifs transforment des prés très fleuris et riches en biodiversité en prairies grasses qui produisent certes beaucoup de foin, mais plus que très peu d’autres espèces de plantes. En effet, le surplus de nutriments fournis par les engrais profitent à certaines espèces qui poussent alors très vite et font de l’ombre à celles qui ne profitent que peu ou pas du tout des engrais. Sans la lumière du soleil vitale, celles-ci dépérissent ou ne parviennent plus à se reproduire.

Même le sol des forêts, pourtant pas fertilisé directement, absorbe trois fois plus d'oxydes d’azote qu'il y a 50 ans en raison de la contamination des nappes phréatiques. L'Office fédéral de l'agriculture estime que 90% des sols des forêts afficheraient un taux d'oxydes d’azote critique.38

Destructions des eaux

L'ammoniac a un impact nocif non seulement sur les sols et sur la qualité de l'air, mais aussi sur l'eau. La surfertilisation entraîne entre autres une croissance exagérée des algues, qui absorbent alors une grande part de l'oxygène présent dans l'eau et en privent les autres organismes, finissant par détruire d'importants habitats.39

Les élevages industriels actuels produisent du purin en quantités telles qu’elles constitues une menace sérieuse pour les nappes phréatiques. À titre d’exemple : la production de viande de porc pour la population suisse nécessite 890 000 tonnes de fourrage et donne lieu à 2,5 mio de m3 de purin par an.40 En Suisse, cela signifie que des plans d’eau, comme le lac de Sempach et le lac de Baldegg, doivent être « oxygénés » artificiellement en raison de la surfertilisation. Dans de nombreuses régions agricoles de Suisse, l'eau provenant des nappes phréatiques n'est en outre plus directement potable à cause de sa trop haute contamination en nitrates.41

En Europe, plus de la moitié de la pollution de l’eau est imputable à l’élevage intensif. Aux États-Unis, l'eau est davantage polluée par l’agriculture que par l'ensemble des villes et des activités industrielles !42

Le modèle agricole industriel avec son recours massif aux engrais chimiques, aux pesticides et aux herbicides, n'est pas durable. Toutes ces substances nocives détruisent les organismes dans les sols et dans l'eau, et par ricochet également les écosystèmes et la biodiversité.

« Les émissions d'azote en Suisse se situent largement autour ou au dessus du taux critique défini pour l'azote. Des dépassements de seuils considérables ont par ailleurs été constatés dans les régions situées à proximité de zones d’activité agricole intensive. »44

Gaspillage alimentaire

La production d’un kilo de viande nécessite 7 à 16 kg de céréales ou de soja. Lors de ce prolongement artificiel de la chaîne alimentaire qu’est la « transformation » des céréales en viande, 90% des calories se perdent. En outre, le corps des animaux destinés à l'abattage ne produit qu'une petite partie de la quantité de masse corporelle effectivement exploitable. Chez les bovins, reportée au poids corporel, la part de viande ne s’élève qu’à 35%, chez le veau, elle est de 39%.16  En fin de compte, il faut donc 10 kg de céréales pour seulement 450 g de viande de boeuf prête à consommer. Il n'est pas exagéré d’affirmer qu'il s'agit là de la forme la plus efficace de gaspillage alimentaire.

À l’échelle globale

Aux États-Unis, les quelque 8 milliards d'animaux d'abattage engloutissent environ 80% de la récolte de céréales. S’agissant des fèves de soja, ce sont même 90% de la récolte mondiale qui sont utilisées comme fourrage.17 
Environ un tiers des céréales produites dans le monde servent donc de nourriture aux animaux dans le cadre de la production de viande.18

En Suisse

Aujourd’hui déjà, la Suisse consacre plus de la moitié de ses terres agricoles à la culture de fourrage. Or, la production de viande à l’échelle actuelle serait impossible, sans l’importation d’un million de tonnes de nourriture pour bétail supplémentaire, une quantité qui nécessite à son tour l’équivalent de la surface agricole suisse d'environ 200 000 ha. À elles seules, les 280 000 tonnes de soja importées, monopoliseraient 120 000 ha de terres si elles étaient produites dans notre pays.19 Cela correspond à une superficie légèrement supérieure à celle du canton d'Uri. On évoque rarement dans ce contexte qu'il reste de ce fait trop peu de terres agricoles pour la culture d'aliments destinés à la consommation directe par les humains et que la Suisse est obligée d'importer environ 300 000 tonnes de céréales pour nourrir ses habitants.20 40% du fourrage concentré importé sont destinés aux bovins, ce qui est paradoxal, puisqu’on affirme souvent que les ruminants seraient capables de fabriquer de la nourriture à partir de terres non cultivables.21 Or, pour rendre l’élevage bovin plus rentable qu'il ne l’est avec une alimentation relativement pauvre en énergie telle que l’herbe, il faut largement compléter la ration journalière de fourrage concentré. Il est d'ailleurs intéressant de relever qu'avec un million d'animaux, la petite Suisse dispose, reporté au nombre d’habitants, du plus grand cheptel bovin d’Europe. Tous ces animaux doivent être nourris : en grande partie avec de la nourriture provenant de pays dans lesquels la population elle-même souffre de la faim.22

Antibiotiques

Parmi toutes les conséquences écologiques mentionnées ci-dessus, un aspect n’a pas encore été traité : un nombre grandissant d’animaux tombe malade en raison des formes d’élevage peu naturel, des fourrages non adaptés à l’espèce et de la sélection de races destinées au meilleur rendement. Beaucoup de pays interdisent l’emploi d’antibiotiques à titre préventif chez des animaux sains. Il est cependant permis de traiter aux antibiotiques les animaux malades. Les conditions de vie actuellement réservées aux animaux dits de rente entraînent que presque chaque animal doit être traité aux antibiotiques à un moment où à un autre. Dans ce processus, les antibiotiques remplissent une double fonction : d’un côté, ils maintiennent les animaux en vie jusqu’au moment de l’abattage, de l’autre, ils favorisent leur croissance rapide. Bien que l’emploi d’antibiotiques uniquement à des fins de croissance soit interdit en Union européenne et en Suisse depuis plusieurs années, la quantité d’antibiotiques administrée n’a pas diminué.

Une étude de 2004 montre que 90% des veaux suisses sont traités aux antibiotiques.45 Beat Mühlethaler, ancien directeur de l’organisation d'engraissage des veaux Univo, fait remarquer qu'il n'y a plus d'autres moyens, en particulier dans les grands élevages. En effet, le fait d'élever plus de cent têtes de bétail dans un espace réduit augmente considérablement le risque de contamination par des bactéries. Comme il n'est plus possible d’identifier chaque animal malade individuellement, on traite l'ensemble du troupeau à titre préventif.

En 2012, 57 tonnes d'antibiotiques ont été administrées aux animaux d'élevage.46 Le problème est que le nombre de bactéries résistantes au traitement par antibiotiques augmente. Le transfert des résistances aux antibiotiques de l'animal à l'homme compte parmi les plus grandes menaces émanant de l'élevage.

Une étude menée par l'Office vétérinaire fédéral (OVF) de l’époque révèle le pourcentage de bactéries de type Escherichia coli présentant une résistance aux colonies d'antibiotiques les plus importantes. Le résultat est alarmant : 32,6% des élevages de poulets, 7,4% des porcs et 8,6% des bovins étaient contaminés par des bactéries dangereuses de cette famille.47 D'après une étude genevoise de 2012, 86% des poulets sont porteurs de bactéries résistantes aux antibiotiques.48

L'administration d'antibiotiques est également très répandue chez les vaches laitières, car les mamelles hautement sollicitées sont très sensibles et présentent donc souvent des inflammations (mastite).49 Rien que le traitement de ces maladies nécessite environ deux tonnes d'antibiotiques par an.

L'ensemble des médicaments et des hormones (très utilisées aux États-Unis notamment afin d'augmenter les rendements dans les filières viande et lait) administrés aux animaux se retrouvent tôt ou tard dans l'environnement et dans le corps humain, par le biais de la consommation de viande, de lait, d’oeufs ou des matières fécales. Il n'est encore guère possible d'en prévoir l’impact à long terme.

Les fruits de mer : une alternative ?

Entre 1950 et 2014, l’exploitation des océans a été multipliée quasiment par dix : en 2014, plus de 167 mio de tonnes d’animaux marins ont été pêchés ou élevés.

En Suisse également, le poisson et les fruits de mer jouissent d’une grande popularité : aucun autre secteur alimentaire n’a connu un tel essor ces dernières décennies. Depuis 1991, la quantité de poisson et de fruits de mer consommés dans notre pays a augmenté de plus 35%. En 2014, 250 000 tonnes d’animaux marins ont été sacrifiés pour satisfaire la demande dans notre pays. Ce alors même que les conséquences de l’augmentation de la consommation de poisson ne se font pas sentir en Suisse, mais dans les pays d’origine et dans les mers du monde. Dans aucun autre secteur alimentaire la dépendance de la Suisse vis-à-vis de l’étranger n’est plus grande : environ 96% des produits de la mer vendus sur le marché suisse sont importés. La consommation des poissons locaux a, en revanche, régressé d’un tiers ces vingt dernières années.

Afin de satisfaire cette énorme demande, la pêche se fait de nos jours à l’aide de filets long de plusieurs kilomètres. La pêche accidentelle comporte toujours aussi des animaux qui n’auraient pas dû être pêchés, comme les dauphins, les tortues de mer, etc. Étant donné que la population de poissons diminue constamment suite à la forte surpêche, on est progressivement passé à des élevages industriels. Entretemps, plus de la moitié des poissons destinés à la consommation humaine sont élevés dans des aquacultures. Ces élevages causent les mêmes problèmes écologiques que ceux décrits ci-dessus en lien avec l'élevage d’autres espèces. À titre d’exemple, prenons un saumon d’élevage pesant environ 4 kg. Celui-ci consommera environ 400 grammes d’antibiotiques jusqu’au moment d’atteindre son poids d’abattage. De plus, il devra être vacciné contre un certain nombre de maladies pour être en mesure de survivre aux conditions de vie dans un espace restreint en présence de ses nombreux congénères. Les antibiotiques et les autres médicaments et produits chimiques étant ajoutés directement à l’eau, leur diffusion dans l’écosystème est inévitable. En outre, les pathologies des poissons d’élevage se transmettent aussi à leurs congénères sauvages avec un impact certain sur ces populations aussi.

Dans leur habitat naturel, les saumons sauvages se nourrissent de crabes et de crevettes, ce qui donne à leur chair leur teinte rose typique. Or, l’élevage en cages dans les aquacultures et le fourrage à base de farine de poissons sont tellement artificiels que leur chair ne prend plus cet aspect rose (auquel sont habitués les consommateurs), mais vire au gris. Pour y remédier, les éleveurs ajoutent des pigments rouges au fourrage. Le fourrage destiné aux poissons d’aquaculture est lui aussi prélevé dans la mer. Pour produire un kilo de poisson d’élevage, on pêchera donc deux kilos de poissons de mer.50 Il en va de même pour d’autres animaux tels que les « fruits » de mer (crabes, crevettes, etc.).

Outre de ce gaspillage à grande échelle, les populations de poissons souffrent également du fait qu’un tiers de la pêche mondiale est transformé en farine de poisson, dont les deux tiers sont à leur tour utilisés pour nourrir les animaux d’élevage non marins.51

En Europe, la consommation de crevettes et de crabes a fortement augmenté ces dernières années. Cela encourage la construction de grands centres d’aquaculture à des endroits où poussaient précédemment des forêts de mangrove. Or, celles-ci ont une importante fonction écologique consistant à prévenir les raz-de-marée. Les énormes ravages causés par le tsunami de 2004 en Asie orientale étaient dus entre autres au déboisement de la plupart des forêts de mangroves pour la constructions d’aquacultures. Alors que les Philippines comptaient plus de 500 000 ha de forêts de mangroves par le passé. Il n’en reste plus que 36 000 à l’heure actuelle. Le reste (environ 93%) a été déboisé au profit du marché mondial de l’élevage de crabes.52

La surpêche des océans favorise aussi l’émergence de techniques de pêche de plus en plus radicales : afin de capturer même les tout derniers poissons, on emploie parfois des charges explosives. Celles-ci détruisent les récifs de corail au même titre que les dragues destructrices traînées au fond de la mer. En plus des autres impacts écologiques, la destruction des récifs de corail supprime aussi leur effet ralentisseur sur les raz-de-marée.53 D’après une étude de 2006, les populations globales de poissons s’effondreront complètement d’ici 2050.54

90% des grand poissons, y compris le thon, le requin, le cabillaud et le flétan, ont disparu de nos mers en raison de la surpêche.55

C’est le contribuable qui trinque

Comment expliquer la continuelle hausse de la consommation de viande mondiale en dépit de tous les inconvénients d’une économie axée sur la viande tels que décrits ci-dessus ?

Outre quelques raisons psychologiques et sociales souvent ravivées par la publicité, il y a un aspect à ne pas négliger : l’argent.

À première vue, cela semble contradictoire. En effet, un secteur économique bâti sur la destruction d’aliments et de ressources devrait logiquement s’effondrer de lui-même. Les coûts engendrés dans le monde entier par la production de viande telle que pratiquée actuellement sont disproportionnés par rapport au soi-disant profit qu’elle génère.

L’une des raisons pour lesquelles la filière viande existe toujours, est la privatisation des recettes d’un côté et le report des coûts sur le public (c’est-à-dire sur le contribuable) de l’autre. Selon une estimation du célèbre institut Worldwatch de Washington, le prix de la viande devrait doubler voire tripler pour couvrir l’ensemble des coûts écologiques, combustion des carburant fossiles, destruction des nappes phréatiques, émissions d’ammoniac et de méthane comprises.57 Sans compter les frais consécutifs à la charge du système de santé publique.

Bien que la majorité des frais engendrés par la production de viande soit reportée sur les contribuables, cela ne suffit toujours pas à rendre la production de viande économiquement rentable. Ainsi, le marché est largement faussé par des apports financiers supplémentaires (autrement dit des subventions) pour que le fait de produire de la viande reste intéressant.

16% des toutes les marchandises et prestations produites aux États-Unis sont ainsi financées par des subventions. En Union européenne, 32% de toutes les recettes agricoles proviennent de subventions directes ou indirectes, et ce chiffre grimpe à 68% en Suisse ! Ce qui représente le record absolu à l’échelle mondiale ! Seules ces subventions font de l’élevage un secteur « rentable ».58

L’élevage de bétail est fortement subventionné et ainsi maintenu en vie sous perfusion également sur le plan international : la Banque mondiale a investi 1,5 milliard de dollars entre 1963 et 1985 rien qu’en Amérique latine, le plus souvent au profit de grands élevages de bovins.59

Que puis-je faire ?

La consommation des produits d'origine animale a des conséquences graves. Le moyen le plus efficace de donner une dernière chance à notre planète est d'éviter de consommer ces produits autant que possible. Le mode de vie végétal comporte de nombreux avantages :

LA FIN DE LA CRUAUTÉ FAITE AUX ANIMAUX

Lorsque la demande baisse, l'offre s'adapte automatiquement.

RESPECT

Faire souffrir les animaux ou les tuer pour satisfaire sa propre gourmandise n'est compatible avec aucune éthique.

SANTÉ

Une consommation élevée de produits d'origine animale est un facteur à risque dans de nombreuses maladies dites de civilisation.

MÉNAGER LES RESSOURCES

Rallonger la chaîne alimentaire, c'est gaspiller des quantités énormes de matières premières.

RÉDUCTION DES SUBSTANCES NOCIVES

Les excréments des animaux d'élevage polluent les sols, l'eau (les nappes phréatiques) et les lacs. Les émissions de gaz à effet de serre sont énormes.

ÉCONOMIE

L'élevage n'est pas rentable. Ce secteur économique est maintenu sous perfusion à coup de subventionnements (deniers publics) sans commune mesure.

Fussnoten
  1. Statistique de l'organisation de l'alimentation et de l'agriculture des Nations Unies (FAO). faostat.fao.org

  2. Landwirtschaftlicher Informationsdienst (LID), «Weltweit wird immer mehr Fleisch produziert», 26.9.2007

  3. Proviande, «Der Fleischmarkt im Überblick», 2014 (PDF)

  4. Worldwatch Institute, «Worldwatch Paper 171: Happier Meals: Rethinking the Global Meat Industry», page 7

  5. Worldwatch Institute, «MEAT – Now, It’s Not Personal! But like it or not, meat-eating is becoming a problem for everyone on the planet», aus dem World-Watch-Magazin Juli/August 2004

  6. EarthSave Foundation, je nach Anbau- bzw. Aufzuchtmethode können die Werte variieren.

  7. Worldwatch Institute, «MEAT – Now, It’s Not Personal! But like it or not, meat-eating is becoming a problem for everyone on the planet», du magazine World Watch, édition juillet / août 2004

  8. FAO, «Livestock’s long shadow», November 2006

  9. WWF Schweiz, «Soja»

  10. FAO, «Livestock’s long shadow», Novembre 2006

  11. Agrarbericht 2015 des Bundesamtes für Landwirtschaft

  12. Stockholm International Water Institute (SIWI): «Water – More Nutrition per Drop; Towards Sustainable Food Production and Consumption Patterns in a Rapidly Changing World», 2004. www.siwi.org

  13. Water Footprint Network

  14. Spiegel online : «Grundwasserspiegel sinken dramatisch», 26.8.2004.

  15. Fondation Heinrich Böll, «Fleischatlas 2013», p. 28

  16. Selon les chiffres publiés par l'organisation de la viande suisse, Proviande

  17. D'après EarthSave Foundation.

  18. NZZ, «Immer mehr Getreide und immer mehr Hunger», 11.4.2008

  19. Greenpeace Factsheet Landwirtschaft 2012 «Stoppt den tierischen Wahnsinn: Ökologische Milchproduktion jetzt!»

  20. Fédération suisse des producteurs de céréales (SGPV-FSPV), « Actualités céréalières », Nr. 50, 18 novembre 2016

  21. Greenpeace, « Importation de soja en Suisse :  possibilités et limites de la réduction/ prévention des importations de soja en Suisse », 2011

  22. Greenpeace Factsheet Landwirtschaft 2012 «Stoppt den tierischen Wahnsinn: Ökologische Milchproduktion jetzt!»

  23. Greenpeace Factsheet Landwirtschaft 2012 «Stoppt den tierischen Wahnsinn: Ökologische Milchproduktion jetzt!»

  24. Sojanetzwerk, «Produktion und Handel»

  25. Sojanetzwerk, «Faktenblätter»

  26. Vision Landwirtschaft, «Fleischproduktion und -konsum nachhaltig gestalten»

  27. Worldwatch Institute, «Livestock Emissions: Still Grossly Underestimated?»

  28. FAO, «Livestock’s long shadow», Novembre 2006

  29. «Einstein», SRF, «Ein Rind produziert soviel CO2 wie ein Auto», émission du 3.6.2010

  30. D'après une étude japonaise sur le bilan écologique des bovins dans Bild der Wissenschaft , «Wie Steaks das Klima belasten», 19.07.2007

  31. Jeremy Rifkin: «Das Imperium der Rinder», Campus Verlag, 2001, S. 195, und «Zeitbombe Viehwirtschaft», S. 30.

  32. World Watch Institute, «Is Local Food Better?»

  33. Dans «Environnement », 2/04, «Nährstoffe aus der Luft machen Waldböden sauer», Office fédéral de l'environnement, des forêts et de l'agriculture (OFEV).

  34. Office fédéral de l'environnement (OFEV), «Ammoniakemissionen in der Schweiz: Neuberechnung 1990-2010, Prognose bis 2020», 19.6.2015  

  35. Greenpeace Factsheet Landwirtschaft 2012 «Stoppt den tierischen Wahnsinn: Ökologische Milchproduktion jetzt!»

  36. Worldwatch Institute, «MEAT – Now, It’s Not Personal! But like it or not, meat-eating is becoming a problem for everyone on the planet», aus dem World-Watch-Magazin Juli/August 2004

  37. « Poussières fines : un fléau », OFEV, 2005, www.buwalshop.ch

  38. Office fédéral de l'environnement (OFEV), « Les polluants atmosphériques azotés en Suisse », 2005

  39. Heinrich Böll Stiftung, «Fleischatlas 2013»

  40. Calculé par WWF Suisse dans le magazine 1/94.

  41. Dans « Environnment », 2/04, «Nährstoffe aus der Luft machen Waldböden sauer», Office fédéral de l'environnement (OFEV).

  42. Cross, Russell H., Byers, Floyd M., u. a.: «Current Issues in Food Production A Perspective on Beef as a Component in Diets for Americans», April 1990, Seite 5.26.

  43. Heinrich Böll Stiftung, «Fleischatlas 2013» S. 25

  44. Bundesamt für Umwelt (BAFU), «Ammoniakemissionen in der Schweiz: Neuberechnung 1990-2010, Prognose bis 2020», 19.6.2015  

  45. Swissveg, Veg-Info 2004/2, Seite 4

  46. Puls, SRF, «Antibiotika bei Nutztieren– mit Risiken und Nebenwirkungen», Sendung vom 14. Oktober 2013

  47. Bundesamt für Veterinärwesen, Medienmitteilung vom 10. 9.2012: «Antibiotika in der Veterinärmedizin: weniger Verkäufe – Situation bei Resistenzen weiterhin kritisch»

  48. Rundschau, SRF «Wirkungslose Antibiotika», Sendung vom 3.10.2012

  49. Schweizerbauer, «Mastitis kostet Bauern 250 Millionen Franken pro Jahr», 14.01.2013

  50. Rosamund Naylor u.a.: «Effect of Aquaculture on Global Fish Supplies», Nature, 29. Juni 2000, Seiten 1017-1024.

  51. Worldwatch Institute, «Worldwatch Paper 171: Happier Meals: Rethinking the Global Meat Industry», Seite 25.

  52. John Robbins: «Food Revolution», Nietsch-Verlag, ISBN 3-934647-50-2, Seite 314.

  53. Swissveg, «Tsunami-Leid: Nur eine Laune der Natur?», Vegi-Info 2005/1, Seite 20

  54. WWF Global, «Unsustainable fishing»

  55. Greenpeace Deutschland, «Die Jagd auf den letzten Fisch», 7/2012

  56. Obwohl in einigen Industrieländern in letzter Zeit (aus gesundheitlichen Gründen) ein Umdenken begonnen hat, wird weltweit nicht weniger Fleisch produziert. Stattdessen werden die ständig steigenden Überschüsse der Fleischproduzenten in Entwicklungsländer zu +Spottpreisen exportiert und treiben dort den Fleischkonsum voran. Gleichzeitig werden lokale Märkte durch das Billigfleisch zerstört.

  57. Alan B Durning, Holly B Brough, Worldwatch Institute, Worldwatch Paper «Zeitbombe Viehwirtschaft», 1993, ISBN: 978-3879207039, Seite 48.

  58. Bundesamt für Statistik, «Subventionen in der Landwirtschaft».

  59. Alan B Durning, Holly B Brough, Worldwatch Institute, Worldwatch Paper «Zeitbombe Viehwirtschaft», 1993, ISBN: 978-3879207039, Seite 45.

 

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