Volaille

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Volaille

Dans le monde entier, mais aussi parmi les animaux de Suisse, les volailles font partie des grandes perdantes : la popularité de la viande de volaille comme source de protéines auprès des personnes prétendument soucieuses de leur santé et de leur bien-être physique ne faiblit pas. Sur cette page, nous présentons la poule sous toutes ses plumes, son histoire, ses souffrances, ses besoins et ses capacités.

Faits intéressants

Les poules sont des êtres intelligents qui ressentent de l’empathie, rêvent et ont une vie sociale. En 2017, plus de 67 millions de poules ont été abattues rien qu’en Suisse. S’ajoute à cela un tiers d’importations. Au total, une centaine de millions de poules sont donc tuées chaque année pour couvrir la demande du marché suisse. Et ce chiffre ne comprend même pas le nombre incalculable d’animaux sacrifiés pour la production des œufs. (Source : viandesuisse.ch / Proviande)

Fiche signalétique

Faits amusants au sujet de la poule ! 1

•    Les poules ont une vie sociale très riche
Les poules savent respecter le chef. Capables de reconnaître jusqu’à une centaine de congénères, de se souvenir d’eux et de créer des liens d’amitié entre elles, elles s’insèrent dans une structure sociale complexe suivant une hiérarchie stricte. Chaque poule sait quel rang elle occupe au sein de sa communauté. 

•    Les poules communiquent avec leurs petits avant l’éclosion
Tout comme les futures mamans humaines discutent avec le bébé qu’elles portent dans leur ventre, la poule apprend à ses poussins à reconnaître certains sons avant même qu’ils ne soient sortis de l’œuf.

•    Durant leur sommeil, les poules rêvent
Les poules dorment aussi profondément que la Belle au Bois dormant. Elles passent par des phases de sommeil REM (Rapid Eye Movement) et font donc des rêves comme nous.

•    Les poules éprouvent de l’empathie 
Une étude sur la relation entre les poules et leurs poussins a démontré qu’elles sont capables d’empathie. Les chercheurs ont observé la réaction des poules après un fort courant d’air dans leur propre cage, dans celle de leurs poussins et, à titre de contrôle, à l’extérieur des deux cages. Les poules n’ont eu aucune réaction après le courant d’air dans leur propre cage. Lorsque les poussins ont été effrayés par le courant d’air, les poules ont cependant montré des signes de détresse émotionnelle, à savoir une augmentation de la fréquence cardiaque, une baisse de la température des yeux et de la crête ainsi que des changements du comportements.

•    Les poules utilisent un langage complexe
Les poules recourent à toute une palette de sons pour s’informer mutuellement sur des faits précis. Leur gamme de signaux d’alerte est vaste : les sons annonçant un prédateur volant diffèrent de ceux avertissant de la présence d’un prédateur au sol. De plus, les poules se font confiance entre elles. Nul besoin de voir l’ennemi en personne pour réagir en conséquence. Les signaux d’alerte d’un congénère suffisent.

•    Les coqs induisent volontairement leurs poules en erreur
Il arrive que les coqs trompent délibérément leurs semblables. Ainsi annoncent-ils parfois qu’ils ont trouvé de la nourriture alors que ce n’est pas le cas. Ils le font pour attirer et fidéliser les femelles, qu’ils défendent ensuite face à d’autres coqs.

•    Les poules sont très intelligentes
Elles sont capables de comprendre qu’un objet qui disparaît de leur champ de vision continue malgré tout d’exister, ce qui dépasse les capacités d’un enfant en bas âge. Elles sont aussi à même de résoudre des problèmes, de se souvenir d’un événement passé, de prendre des décisions, d’apprendre et de tirer des conclusions. À peine nés, les poussins maîtrisent des opérations d’addition et de soustraction dans la fourchette allant de zéro à cinq.

•    Les poules ont conscience de leur individualité
Les poules sont douées à la fois de maîtrise et de perception de soi. Ces deux facultés indiquent qu’elles ont une certaine conscience de leur individualité. La maîtrise de soi entre en jeu lorsqu’il s’agit de résister à la satisfaction immédiate en faveur d’un bénéfice ultérieur. Les humains en sont capables à partir de l’âge de quatre ans environ.

Des études révèlent en outre que les poules ont la perception d’elles-mêmes. Lorsqu’elles observent une poule dont elles connaissent le rang hiérarchique interagir avec un congénère inconnu, elles déduisent de leur comportement si elles-mêmes occupent un rang supérieur ou inférieur à celui de l’inconnu et réagissent en conséquence.

•    Les poules ressentent la douleur
Les poules sont dotées de récepteurs de la douleur, ce qui leur permet de ressentir la douleur et la souffrance. Leur espérance de vie naturelle est de huit ans, mais elles n’ont la plupart du temps que quatre à sept semaines et sont donc encore des bébés au moment d’être abattues pour leur viande.

*Swissveg est contre les tests sur les animaux. Malgré cela, nous souhaitons diffuser les résultats précédemment acquis puisqu’ils existent déjà et qu’ils prouvent scientifiquement que ces animaux fascinants sont des êtres sensibles qui n’ont rien à faire ni dans un laboratoire ni dans nos assiettes !

Faits intéressants

On élève des poules sur le continent européen depuis le 7e siècle avant J.-C. Il faut toutefois attendre le Moyen Âge pour que l’élevage se fasse dans le but d’obtenir de la viande. 2 Comme c’est le cas pour les bovins et les porcs, on a ensuite étendu l’élevage à des méthodes contre-nature et à une échelle industrielle pour couvrir l’énorme demande en viande de volaille.

Besoins 

Bouger

Comme elles sont en mouvement toute la journée, les poules ont des jambes très résistantes dotées de muscles solides. Elles sont constamment à la recherche de nourriture, ce qui occupe environ la moitié de leur temps. Les poules marchent, courent, sautent, grattent ou battent des ailes. Elles peuvent même voler, par exemple pour passer un obstacle. Certaines d’entre elles parviennent à survoler des barrières mesurant jusqu’à deux mètres de haut.3 

Manger

Dans les élevages industriels, les poules sont principalement nourries au maïs et au soja. Sur le plan alimentaire, les poules entrent ainsi en concurrence directe avec les humains, puisqu’une grande partie des céréales composant leur fourrage est issue de l’importation.4  5

Se reproduire

Il ne s’écoule que 24 heures entre le moment de la fécondation et la ponte. L’ovule suivant est mis en route tout de suite après. Les œufs sont produits même si les poules vivent sans coq, ce qui est le mode de détention le plus courant de nos jours. Alors que la poule couve ses œufs durant 21 jours dans des conditions naturelles, ils lui sont retirés juste après la ponte dans des conditions industrielles.2

Nouer des contacts sociaux

Dans des conditions naturelles, les poules vivent en groupes comptant un seul coq et de nombreuses poules qui s’organisent selon une structure hiérarchique stricte. Il n’est pas rare qu’elles défendent leur rang à coups de becs . La poule occupant le rang social le plus élevé a le droit de se tenir sur le perchoir le plus haut placé et de manger la meilleure nourriture.2 

Types d’élevages

Comment les catégories « au sol », « en libre parcours » et bio se répercutent-elles sur la qualité de vie des poules ? Quel mode de vie la poule choisirait-elle si elle en avait la possibilité ?

Mode de vie rêvé

Dans des conditions naturelles, les poules vivent dans des groupes comptant cinq à vingt poules et un coq. Elles vivent habituellement dans les bois, dans les clairières ou en lisière de forêt. Pour leur bien-être et pour leur sécurité, elles doivent disposer de buissons, de haies et d’arbres. Dans un champ non couvert, elles se sentent menacées et font des crises de panique.6 Les poules adorent gratter le sol à la recherche de petits insectes. Pour répondre aux besoins naturels des poules il faut impérativement suffisamment de lumière, d’air et de soleil. Toutes les prescriptions et informations sur les systèmes d’élevage sont disponibles sur le site Internet de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires: https://www.blv.admin.ch/blv/fr/home.html 

Législation suisse7

S’agissant de la « volaille de rente », les exploitations doivent respecter les effectifs maximums suivants : 

  • 27 000 poulets de chair jusqu’au 28e jour d’engraissement,
  • 24 000 poulets de chair entre le 29e et le 35e jour d’engraissement,
  • 21 000 poulets de chair entre le 36e et le 42e jour d’engraissement,
  • 18 000 poulets de chair à partir du 43e jour d’engraissement,
  • 18 000 poules pondeuses âgées de plus de 18 semaines,
  • 9 000 dindes d’engraissement jusqu’au 42e jour d’engraissement (pré-engraissement)
  • 4 500 dindes d’engraissement à partir du 43e jour d’engraissement (finition). 

En batterie

L’élevage de poules en batterie est interdit en Suisse depuis 1992. De nombreuses entreprises agricoles sont donc passées au type d’élevage au sol. 8  S’agissant de produits d’importation élaborés à base d’œufs, il n’est pas exclu que ceux-ci soient issus d’élevages en batterie, même s’ils devraient en théorie être déclarés comme tels. Lorsqu’ils achètent des produits contenant des œufs, les consommateurs doivent donc s’attendre à ce qu’ils aient affaire à des œufs issus d’élevages en batterie et à ce qu’ils cautionnent par leur achat l’exploitation d’animaux dans des conditions cruelles pour leur propre plaisir gustatif.9 

Au sol

La caractéristique principale de l’élevage au sol, aujourd’hui le plus courant dans l’agriculture, se caractérise par le manque de place. Ce type d’élevage engendre le surmenage des animaux et cause souvent un énorme stress. Dans l’incapacité d’établir une structure hiérarchique stable s’étendant à plus d’une centaine d’individus, les poules se donnent sans cesse des coups de bec, parfois jusqu’à entraîner la mort. 

En libre parcours 

Le type d’élevage « en libre parcours » a l’avantage d’offrir aux poules la possibilité de déambuler à l’air libre, du moins en théorie. Le nombre d’individus est la plupart du temps tel dans les énormes halles de production des fermes industrielles que les poules ne parviennent pas à accéder aux ouvertures vers l’extérieur qui sont souvent bien trop étroites. Une fois à l’extérieur, elles se retrouvent sur une surface totalement dénuée d’un quelconque abri comme un buisson ou un arbre.
De plus, les animaux qui y sont placés sont encore très jeunes. Séparés trop tôt de leur mère, ils ne sont pas préparés à se retrouver dans un si grand groupe.

Bio

Dans un élevage aux normes de Bio Suisse, les animaux disposent d’un peu plus d’espace. Or, les halles peuvent contenir jusqu’à 2000 individus voire 4000 au moment de l’élevage et 50 individus pour l’engraissement (2000 en pré-engraissement). Ces chiffres sont donc sans commune mesure avec la taille naturelle d’un groupe dans lequel une poule s’y retrouve et se sent à l’aise. 10  Même dans ces conditions, il est dès lors impossible d’établir une structure hiérarchique stable et rassurante. Si l’on ne veut pas cautionner l’exploitation et la mort de poules innocentes, il n’y a qu’une seule attitude à adopter : renoncer à consommer aussi bien la viande de poulet que les œufs.

Production

L’élevage industriel de poules poursuit un objectif principal : produire des poulets de chair et des poules pondeuses. Les conditions dans lesquelles les animaux vivent tout au long de la chaîne de production jusqu’à leur mort sont indignes. On oublie aussi souvent que les poussins mâles, incapables de pondre des œufs à leur tour par la force des choses et ne prenant pas assez de poids en raison de la sélection effectuée au plan de la race, sont « éliminés » dès la naissance car non rentables.

Poulet de chair : viande

Les poulets de chair sont élevés pour la production de viande. Pour cela, la filière a recours presqu’exclusivement à l’élevage industriel. Au fil de l’engraissement, les animaux, qui pèsent environ 42 g à la sortie de l’œuf, subissent une prise de poids extrême au point de voir parfois leurs pattes se briser. Confinées à plusieurs dizaines de milliers d’individus (la limite est fixée à 27 000 en Suisse) les poulets de chair manquent cruellement d’espace. Victimes du stress, elles restent alors prostrées sur un sol qui se dégrade au fur et à mesure et dont la litière faite de sable ou de paille n’est renouvelée qu’une seule fois au début de l’engraissement. En plus de favoriser les maladies, les excréments qui s’accumulent émettent de l’ammoniaque, un gaz toxique qui attaque les muqueuses et le système immunitaire des poules. 
Le manque d’espace empêche trop souvent les poules de s’adonner à des activités normales pour elles telles que marcher, gratter le sol, se toiletter les plumes ou battre des ailes. L’éclairage et la température sont régulés automatiquement. Les animaux perdent leurs repères et s’en trouvent déboussolés. Les animaux étant très vulnérables aux maladies infectieuses dans ces conditions, ils se voient administrer des antibiotiques, y compris à titre préventif. Ce procédé laisse craindre le pire puisqu’il permet le développement de germes résistants susceptibles de contaminer les humains. (voir à ce sujet swissveg.ch/malsain).
Les poulets de chair sont le résultat de programmes d’élevage aux longs courts. Or, les caractéristiques souhaitées, teneur en viande élevée, bon ratio fourrage-poids et temps d’engraissement bref, ne sont qu’en partie héréditaires. Les hybrides ainsi obtenus ont d’une part une stature telle que le poids exercé sur les pattes engendre des douleurs et d’autre part une faim permanente puisqu’ils sont dépourvus de sensation de satiété.11

Chargement et transport

Avant le chargement, les animaux sont attrapés à la main ou mécaniquement. Le temps presse. Il n’est pas rare que des animaux se blessent ou meurent piétinés ou étouffés avant même d’être chargés. Durant le trajet, certains animaux succombent au stress dû à la chaleur, à l’agitation ou au manque d’espace. Le taux de mortalité augmente drastiquement après quatre heures de route déjà. 11

Abattage

Les animaux sont généralement, mais pas toujours, étourdis avant d’être abattus. Contrairement aux mammifères, les poules peuvent être tuées de façon « rituelle » sans étourdissement préalable. C’est autorisé en Suisse.12 13 Le bain électrifié est la méthode d’étourdissement la plus courante. Les poules sont fixées par les pattes à des supports métalliques avant d’être transportées jusqu’au bain où leur tête entre en contact avec l’électricité pour l’étourdissement. La carotide leur est ensuite tranchée pour la saignée. Les poules se blessent souvent au moment de l’étourdissement, car elles battent des ailes dans la panique. Il arrive aussi que la saignée ne se fasse pas correctement et que les animaux souffrent atrocement avant de succomber.
L’étourdissement peut aussi se faire au gaz. Ce procédé induit une détresse respiratoire qui pousse les animaux à lutter désespérément pour leur survie. Après ce traitement comme après le bain électrifié, les animaux sont acheminés vers la trancheuse pour la saignée. Parfois, certaines poules mal étourdies ont la gorge tranchée alors qu’elles sont complètement conscientes.
Après la saignée, les carcasses sont trempées dans une bassine dans laquelle les plumes sont mécaniquement retirées sous l’action de l’eau chaude. Une dernière machine s’occupera ensuite de vider les carcasses avant la suite de la procédure.
11 Pour maintenir la volaille à son très bas prix, l’abattage des animaux est entièrement rationalisé. À l’heure actuelle, l’abattage ne doit pas coûter plus d'un franc par animal !

Poule pondeuse : œufs

Autrefois, les ancêtres des poules actuelles pondaient environ douze à vingt œufs par an ; les poules pondeuses sélectionnées pour leur haute rentabilité atteignent une production d’environ 300 œufs par an. Des entreprises d’élevage spécialisées produisent des millions de poules pondeuses. Or la moitié des poussins étant des mâles qui ne pondent pas d’œufs, on les tue directement après l’éclosion (leur élevage ne serait pas rentable). Ils finissent sous forme de farine animale mélangée au fourrage ou comme engrais.
Depuis le 1er janvier 2020, il est interdit de broyer, de hacher ou « d’homogénéiser » des animaux en Suisse. 14 Cela ne diminue toutefois en rien la souffrance des poussins, étant donné que la plupart des éleveurs ont depuis longtemps opté pour le gazage qui tue par asphyxie. 15 Dans les élevages industriels, les poules pondeuses sont en outre exposées à diverses pollutions telles que les impuretés dans l’air, un taux de poussière élevé et l’émission de gaz toxiques. 11

Élevage d’hybrides à l’étranger

L’industrie de l’œuf recourt à des poules dites hybrides qui non seulement pondent beaucoup, mais dont les œufs ont un certain poids. Seuls quatre élevages se partagent le marché mondial de la poule pondeuse  11 Par conséquent, les œufs suisses sont en réalité rarement d’origine suisse au sens strict. En effet, les poules descendent souvent d’une lignée de poules étrangères et sont arrivées en Suisse en tant que très jeune poussin voire avant l’éclosion. De plus, les œufs utilisés dans des aliments transformés comme la boulangerie, les pâtes ou les biscuits proviennent souvent d’élevages en batterie. L’importation d’œufs de Hollande, de France ou d’Italie permet ainsi de contourner habilement l’interdiction de l’élevage en batterie qui prévaut en Suisse, même si l’élevage en batterie est en principe interdit dans toute l’Union européenne depuis 2012.16 Afin d’économiser de la nourriture, on veille à ce que les poules pondeuses gardent un poids minime. Pour augmenter le rendement de la ponte, on expose les poules à la lumière artificielle souvent pendant 17 heures par jour. Cette forme d’élevage induit des troubles du comportement.
Le rythme dicté par l’alimentation faisant défaut, le repos étant perturbé et le toilettage étant rendu impossible en raison du manque de place, les poules se piquent mutuellement les plumes et se cannibalisent. Le manque de repères, le stress et la maladie sont le lot quotidien des poules pondeuses. Elles sont souvent sujettes à des pathologies parfois mortelles comme l’ostéoporose et le syndrome de la cirrhose graisseuse. Outre le manque de mouvement, ces maladies sont aussi favorisées par les carences en calcium dues à une fabrication excessive de coquilles d’œufs.
En outre, le fait de ne pas pouvoir se retirer pour la ponte signifie un grand stress pour les poules. Conjugués à tous les parasites se multipliant rapidement dans les élevages industriels, tous ces éléments font qu’un grand nombre de poules meurent même avant l’abattage. 

Abattage

Lorsque la production d’une poule pondeuse passe en-dessous du seuil souhaité, elle est livrée à l’abattoir où elle sera transformée en fourrage. Peu enclins à adapter la production aux particularités individuelles des poules, les éleveurs ont fixé la durée de productivité des poules à une période standard allant de 12 à 15 mois ensuite de quoi la rentabilité diminue.

Perturbation du comportement social

L’article 3 de l’ordonnance sur la protection des animaux qui précise que les animaux doivent être détenus et traités de manière à ce que leurs fonctions corporelles et leur comportement ne soient pas gênés est éhontément violé. 17

Manque de repères 

Confinées à 27 000 dans des halles immenses, les poules ne sont plus capables de trouver leur place dans une quelconque structure hiérarchique du groupe. Il en va de même dans les exploitations répondant au label Bio, puisqu’elles comptent elles aussi plusieurs milliers d’individus par unité de production. Cherchant à recréer une organisation sociale, les poules déboussolées et agitées se livrent à des combats sanglants pouvant entraîner la mort. 18 

Picage 

Le picage mutuel n’est pas un trouble du comportement causé par l’agressivité. Il découle d’une structure déficiente de l’alimentation et d’un manque de matériaux pour s’occuper. S’ajoutent à cela le stress, la peur et la taille du groupe. Comme elles ne peuvent pas suivre l’instinct qui leur dicte de fouiller le sol de leur bec à la recherche de nourriture, les poules finissent par s’arracher les plumes mutuellement. Au fil du temps, le picage se renforce : les plumes sont arrachées plus violemment voire dévorées. La souffrance endurée par les poules est multiple : la douleur du picage elle-même est doublée du stress que signifie de se sentir en permanence pourchassées. Abîmé, le plumage ne joue plus son rôle de régulation de la température corporelle. Il suffirait d’ajouter de la litière ou de la paille pour atténuer le phénomène de picage.11

Cannibalisme 

Chez les poules pondeuses, on parle de cannibalisme lorsqu’elles se piquent entre elles, y compris dans la région du cloaque, et qu’elles tirent sur la peau. Les petites blessures sur le corps d’une poule attirent immédiatement l’attention des autres, qui s’y mettront à leur tour, parfois jusqu’à entraîner la mort de leur congénère. Au vu de leur très haute performance de ponte, il n’est pas rare que le cloaque en soit sur-sollicité et pende hors de sa cavité. La brillance de cet organe incite les autres poules à le picorer. C’est la raison pour laquelle le cloaque est souvent la principale zone visée par le comportement de cannibalisme. 

Pleurs 

Les poussins nés en couveuses recherchent la présence de la poule. Ils émettent une sorte de pleurs, et ce pendant plusieurs jours. 

 

Interventions

Coupe du bec

Lorsqu’on élève trop d’animaux dans un espace étroit, il arrive souvent que les animaux se piquent mutuellement. Pour éviter cela, on coupe ou on brûle les becs supérieurs des poussins. Doté de nombreuses voies nerveuses comme le bout de nos doigts, le bec est particulièrement sensible. Les animaux ont des douleurs jusqu’à plusieurs mois après cette « amputation ». 19 ISelon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), la coupe du bec est interdite. L’épointage qui consiste à retirer la partie crochue de la partie supérieure du bec est par contre admis même sans anesthésie.20

Rognage des doigts et des ergots

Les doigts et les ergots des coqs d’élevage peuvent être rognés afin d’éviter qu’ils ne blessent les poules lors de la reproduction. 

Broyage des poussins

Absolument non rentables d’un point de vue économique, les poussins mâles sont « écartés » après leur naissance soit en étant broyés vivants soit en étant gazés au dioxyde de carbone. 21 En Suisse, il n’est plus permis d’homogénéiser les poussins mâles vivants depuis le 1er janvier 2020. 22 Les éleveurs n’ont toutefois pas attendu l’entrée en vigueur de cette loi pour se tourner largement vers une autre méthode : le gazage. Loin d’être un progrès, cette façon d’infliger une mort lente par asphyxie ressemble plutôt à un retour en arrière.

Résistances aux antibiotiques

L’élevage industriel de poules est particulièrement sujets aux maladies infectieuses. Les risques augmentent proportionnellement au nombre d’individus détenus par halle. Pour écarter toute menace les animaux se voient tous administrer des antibiotiques par leur abreuvoir, qu’ils soient malades ou en bonne santé. Chacune de ces interventions participe de l’émergence de germes résistants aux antibiotiques, ce qui a des conséquences très fâcheuses pour les humains, les animaux et l’environnement. Étant donné que les excréments des poules peuvent être utilisés comme engrais dans la culture céréalière et potagère même sur les exploitations bio, ces résistances potentielles concernent bel et bien tout le monde : non seulement les consommateurs directs du poulet et des œufs, mais aussi le consommateur végane de légumes bio. Pour en savoir plus : swissveg.ch/malsain.

 

Conséquences de la loi sur la protection des animaux

Malheureusement, la loi sur la protection des animaux ne précise pas ce que l’on entend par « besoins des animaux de rente ». Elle ne définit pas non plus les concepts de maltraitance et de négligence. Elle laisse donc une large place à l’interprétation et n’offre pas de protection efficace aux animaux. Les particuliers et les organisations de protection des animaux n’ont par ailleurs aucun moyen d’action pour dénoncer des éleveurs en cas de violation de la loi. Il manque un droit de recours des associations comme il en existe depuis un certain temps pour les organisations écologiques.23 Dans l’état actuel des choses, les méfaits peuvent uniquement être annoncés aux services vétérinaires cantonaux qui iront constater les faits sur place pour autant qu’ils ne soient pas trop débordés pour le faire. Nous avons besoin d’une mise en application efficace. Des contrôles inopinés et une mise en œuvre systématique des dispositions de protection des animaux existantes de même qu’une application stricte de sanctions dignes de ce nom prises à l’encontre des éleveurs permettraient d’éviter que la souffrance animale ne soit rentable. La législation sur la protection des animaux est consultable dans son intégralité ici : www.admin.ch.

Dernière mise-à-jour: 11.06.2020
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