Aller au contenu principal
22.06.2023 | Amandine

Une étude récemment publiée1 examine la santé de notre planète sur la base de huit indicateurs, dont le climat, la biodiversité et les ressources en eau. Le résultat est choquant : dans la plupart des domaines, nous avons déjà dépassé les limites de notre planète. Et l'agriculture animale n'y est de loin pas pour rien.

Le changement climatique le montre bien : notre bien-être est étroitement lié à l'état de santé de la planète. En termes de températures, le climat se rapproche dangereusement du seuil de tolérance de la planète, et donc du nôtre. Mais la stabilité de notre environnement dépend aussi de nombreux autres aspects moins apparents. La diminution des réserves d'eau potable, la pollution de l'air, l'assèchement des sols ou la perte de la biodiversité, par exemple, menacent directement la vie sur Terre. Afin d'évaluer l'état de santé de la planète dans son ensemble, une nouvelle étude, dirigée par le chercheur Johan Rockström, a examiné si et dans quelle mesure nous avons déjà dépassé les limites naturelles de la planète. Pour ce faire, elle a évalué le climat, les écosystèmes, la qualité de l'air ainsi que les cycles de l'eau et des nutriments à l'aide de huit indicateurs (voir tableau). Le résultat est alarmant : sept des huit valeurs sont déjà largement supérieures aux seuils de tolérance déterminés par l'étude.

 

Tableau contenant les huit valeurs présentées
Vue d'ensemble des huit indicateurs pris en compte dans l'étude de Rockström et al.

 

Les limites planétaires fixées tiennent compte, d'une part, du point jusqu'auquel la stabilité des écosystèmes est garantie (limite « sûre ») et, d'autre part, du moment où la charge deviendra trop importante pour les écosystèmes et les générations d'aujourd'hui et de demain (limite « juste »). Le climat, par exemple, n'a pas encore franchi sa limite sûre, mais il affecte déjà la vie d'innombrables personnes au point que sa limite juste est considérée comme dépassée. Les domaines environnementaux étudiés sont par ailleurs étroitement liés les uns aux autres ; un dépassement des limites dans un domaine peut donc avoir un impact extrêmement négatif sur une autre domaine. Et l'agriculture animale a joué un rôle non négligeable dans le surpassement de toutes ces limites.

 

Visualisierung der Belastungsgrenzen
Les limites sûres (en rouge) et justes (en bleu) proposées par l'étude. L'état actuel de la planète est indiqué par le symbole de la Terre. Source : Rockström et al.

 

L'agriculture animale pèse sur les écosystèmes

L'élevage d'animaux « de rente » a une influence considérable sur presque toutes les valeurs étudiées. Son impact sur le climat est bien connu : à l'origine de près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète, l'élevage contribue davantage au réchauffement climatique que le secteur mondial des transports.2,3 Selon Rockström et al., la limite juste d'un réchauffement de 1 °C par rapport au niveau préindustriel a été dépassée depuis longtemps (elle s'élève aujourd'hui à 1,2 °C). D'après les scientifiques, le moyen le plus rapide de freiner drastiquement cette évolution et d'inverser la tendance pour un monde plus sûr et plus juste serait de réduire le nombre de bovins élevés à travers le monde, ceux-ci émettant des quantités considérables de méthane.4

Diminution des ressources en eau, perte de la biodiversité

Outre le climat, les ressources en eau de notre planète sont, selon Rockström et al., d'ores et déjà surexploitées : en de nombreux endroits, la quantité d'eau que nous puisons des nappes phréatiques année après année dépasse leur capacité de reconstitution. La majeure partie de l'eau est destinée à l'agriculture, qui consomme environ 72 % des ressources mondiales en eau.5 La production d'aliments d'origine animale est de loin la plus gourmande en eau, tant en termes de quantité de production absolue que par calorie ou par gramme de protéines.6 Un exemple : la production d'un kilo de viande de bœuf nécessite environ 15'400 litres d'eau (moyenne mondiale). Même un kilo d'avocats, un produit végétal plus gourmand en eau que la moyenne, ne nécessite que près de 2000 litres d'eau.7 Cette différence considérable s'explique en premier lieu par la grande quantité de nourriture pour animaux nécessaire à la production de denrées d'origine animale.

Cette culture intensive d'aliments pour animaux est également fatale à la biodiversité mondiale. Pour évaluer l'état de cette dernière, l'étude s'appuie sur deux valeurs de mesure différentes – et les deux vont bien au-delà d'une limite sûre et juste. Cette étude confirme donc, comme de nombreuses autres, que nous faisons face à une crise mondiale de la biodiversité. Une situation largement imputable à nos systèmes alimentaires, que l'on estime responsables d'environ 70 % de la perte de biodiversité terrestre et 50 % de la perte de biodiversité aquatique. L'aliment le plus néfaste pour la biodiversité est la viande : selon une étude du WWF, sa production génère à elle seule 58 % de l'« empreinte biodiversité » (c'est-à-dire de l'impact négatif sur la biodiversité) d'un régime alimentaire allemand moyen. Les autres aliments d'origine animale, tels que les produits laitiers et les œufs, représentent 19 % de l'empreinte, tandis que les aliments d'origine végétale, comme les fruits, les légumes, les céréales et les noix, ne totalisent que 23 %.8 Cela s'explique en premier lieu par les importantes superficies nécessaires à la production d'aliments pour animaux. En effet, l'extension constante des surfaces exploitées prive les animaux et les plantes de leur habitat naturel, ce qui conduit finalement à leur disparition.

Quand les nutriments deviennent des polluants

Deux autres limites examinées par l'étude concernent l'accumulation d'éléments nutritifs dans le sol sous la forme d'un excès d'azote et de phosphore. Comme le souligne l'étude, la surfertilisation des sols est principalement due à l'agriculture, qui est responsable d'environ 90 % des apports de phosphore et d'azote dans le système terrestre dus à l'activité humaine. La surfertilisation donne lieu à des quantités bien trop importantes d'éléments nutritifs dans l'eau, le sol et l'air, ce qui peut avoir des conséquences fatales. Ces excédents peuvent notamment tuer des populations entières de poissons en baissant la teneur en oxygène de l'eau, et nuire à la santé humaine en augmentant la teneur en nitrates de l'eau ou en se diffusant dans l'air sous forme de particules fines. Les limites sûres en termes d'excédents de phosphore et d'azote sont, selon Rockström et al. déjà largement dépassées à l'échelle mondiale. C'est aussi un problème en Suisse : selon la Confédération, environ deux tiers des apports d'azote dans les écosystèmes sensibles sont aujourd'hui dus aux émissions d'ammoniac liées à l'agriculture – et près de 90 % de ces émissions proviennent de l'agriculture animale.9,10 Les conséquences sont dramatiques : en raison de la surfertilisation, 60 % des lacs suisses manquent aujourd'hui d'oxygène. Les petits plans d'eau comme le lac de Baldegg ou le lac de Sempach, situés dans des régions dominées par l'élevage intensif, sont même oxygénés artificiellement depuis des années.11 Sans cela, leurs écosystèmes ne seraient plus viables à cause de la forte concentration de polluants. Avant qu'ils soient placés sous « respirateur artificiel », une mortalité massive des poissons avait été observée dans ces deux lacs.12

L'alimentation végétale est respectueuse de la planète

En fin de compte, l'étude de l'Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique confirme une fois de plus ce que nous savons déjà : l'agriculture animale pèse lourdement sur chaque aspect de notre environnement et pousse littéralement notre planète à ses limites. Bien entendu, d'autres domaines, comme le secteur mondial des transports ou l'industrie, ont eux aussi un impact non négligeable sur la planète. Une évolution vers un monde respectueux de l'environnement et de ses limites doit se faire à plusieurs niveaux simultanément. Pour cela, une transformation de notre système alimentaire est indispensable – et à l'échelle individuelle, nous pouvons y contribuer au maximum en nous engageant pour une alimentation davantage axée sur le végétal.13

1 Rockström, J., Gupta, J., Qin, D. et al., 2023. Safe and just Earth system boundaries. Nature.

2 Twine, R., 2021. Emissions from Animal Agriculture—16.5% Is the New Minimum Figure. Sustainability, 13, 6276.

3 FAO, 2006. Livestock's Long Shadow.

4 Eisen, M.B. & Brown, P.O., 2022, Rapid global phaseout of animal agriculture has the potential to stabilize greenhouse gas levels for 30 years and offset 68 percent of CO2 emissions this century. PLOS Climate.

5 United Nations, 2021. Summary Progress Update 2021: SDG 6 – water and sanitation for all. UN Water.

6 Water Footprint Network, Product Gallery.

7 Winterer, A. Avocado kaufen oder nicht? Wichtige Fakten zu Umwelt, Bio & mehr. Utopia, 31 août 2021-

8 WWF, 2022. Ernährung und biologische Vielfalt.

9 Office fédéral de l'environnement (OFEV). Les polluants atmosphériques azotés portent atteinte à la biodiversité.

10 Office fédéral de l'environnement (OFEV). Sources de polluants atmosphériques: agriculture.

11 Office fédéral de l'environnement (OFEV). Qualité de l’eau des lacs

12 Der Spiegel, Bis zum Hals. 3 juin 1990.

13 Eat Forum, The Planetary Health Diet.

Ce que vous voyez vous plait-il ?

Soutenez-nous

Spenden
Mitglied werden
Soutenir la protection des animaux