La chasse : est-elle vraiment nécessaire ?

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Les partisans de la chasse continuent de prétendre qu'on peut éviter la surpopulation des animaux sauvages et les dégâts qu'elle provoque par l'abattage sélectif du gibier. En outre, on préserverait ainsi la nature, car, en tuant les animaux malades, on protègerait les hommes et les bêtes de diverses maladies.

Maladies

Cependant, des preuves solides fournies par les écologistes et les biologistes contredisent ces déclarations. Ceux-ci sont d'avis, par exemple, que l'homme n'aurait pas vraiment à craindre la contagion de la rage par les renards si on laissait libre cours à la nature. En effet, un animal malade meurt de toute façon dans les plus brefs délais. Mais dans les faits, les familles de renards sont décimées par la chasse, et les animaux sont de plus en plus souvent repoussés hors de leur habitat naturel dans les agglomérations environnantes. Ainsi la maladie se transmet à des chiens, et par conséquent, l'homme est exposé à un plus grand danger. Donc, au lieu de le diminuer, la chasse augmente plutôt le risque de contagion pour l'être humain. Ceci en plus du fait qu'il est impossible pour un chasseur muni d'une paire de jumelles de se rendre compte,  à plusieurs centaines de mètres de distance, si un animal est vraiment malade. Seul un vétérinaire en est capable.

Surpopulation

Dans la nature, grâce à un équilibre complexe entre quantité de nourriture, conditions d'environnement et espace vital disponible, la population animale s'autorégule. Par exemple, si les animaux sauvages sont en surnombre dans un territoire trop restreint  pour qu'ils puissent se nourrir, le nombre des nouveaux-nés diminue en conséquence. En aucun cas on n'empêche la surpopulation en tuant le gibier - au contraire: afin de préserver l'espèce animale de l'extinction, les femelles donnent le jour à davantage de jeunes que d'habitude. Donc, plus on tire d'animaux, plus la natalité augmente. Par conséquent, un grand nombre de jeunes signifie qu'en effet il n'y a pas assez d'animaux, et que la population doit se refaire. Mais les chasseurs profitent de ce grand nombre de jeunes pour justifier la chasse.

Les dégâts du gibier

De nos jours, la forêt ne sert plus seulement aux loisirs et au repos, mais surtout à la production de bois. Souvent on plante jusqu'à 20'000 arbres, ou même davantag, sur un espace où il n'y aurait effectivement de la place que pour 2000 arbres adultes. Ainsi, on abat la majeure partie de ces arbres et on l'utilise pour l'exploitation du bois. C'est pourquoi ce sont surtout des raisons économiques qui prévalent,  et dans cette optique, les animaux sauvages sont même gênants. Les chevreuils par exemple mangent de préférence l'écorce et les pousses des arbres jeunes, mais cela a pour conséquence  le dépérissement  de l'arbre dans son entier. Pour éviter ces recettes en moins,  les chasseurs abattent les "malfaiteurs" comme mesure de prévention. Pourtant, dans une  perspective écologique, l'abattage d'innombrables chevreuils n'est absolument pas nécessaire. Parce que, dans ce cas également,  faune et flore s'adaptent parfaitement l'une à l'autre. Si les chasseurs avec leurs fusils ne faisaient pas fuir les animaux hors de leurs pâturages de prédilection, ainsi que des prés et des champs en bordure des forêts, les chevreuils n'auraient plus besoin de chercher une alternative à leur nourriture (précisément les plantes jeunes). D'ailleurs on peut facilement prévenir le broutage des  jeunes plantes en clôturant les zones récemment reboisées.

 

Il est possible d'agir autrement !

Chaque fois que l'homme intervient dans la nature cela crée des problèmes. Les structures familiales sont détruites par la mort des animaux dominants et des mères. Les animaux chassés sont forcés à se retirer toujours plus avant dans la forêt ou même àabandonner complètement leurs milieux de vie habituels. Des animaux normalement diurnes doivent chercher leur pâture la nuit, parce qu'à ce moment le risque d'être attrapés par un chasseur est moindre. A cause de la peur que ressentent les animaux face à leurs persécuteurs, on a malheureusement de moins en moins l'occasion d'observer des animaux sauvages dans leur environnement naturel  et de pouvoir les étudier. Apeurés, ils se retirent extrêmement loin des hommes, et ils deviennent farouches et fuyants.
Alors que si on refuse de chasser les animaux, il se passe des choses surprenantes. Dans la ville japonaise de Nara, par exemple, depuis plus de 1000 ans on ne tue plus de chevreuils ni de cerfs, pour des raisons religieuses. Au cours de cette période,  la population a augmenté jusqu'à atteindre  un nombre permanent d'environ 1200 cerfs. Les animaux vivent dans les forêts avoisinantes ou dans la ville même. Ils sont parfaitement conscients qu'ils n'ont rien à craindre des hommes et se laissent même volontiers caresser et nourrir par les touristes.
De la même façon, dans les parcs nationaux européens où la chasse est interdite depuis des décennies, on constate des changements vraiment positifs dans le comportement des animaux. Les gardes-chasse du plus grand parc national italien Gran Paradiso observent régulièrement combien les animaux sauvages, pourtant réputés timides, peuvent être confiants et gentils dès que la crainte d'être poursuivis a disparu. Chamois, bouquetins, lièvres et chevreuils n'ont pas peur de se laisser observer par les visiteurs.
Dans le parc national Schleswig-Holsteinisches Wattenmeer les enfants peuvent contempler des bernaches (oies sauvages) de tout près. Ces oiseaux normalement peureux savent bien qu'ils n'ont rien à craindre des hommes.
Non seulement les animaux sauvages et les oiseaux, mais même les poisson, deviennent confiants dès qu'ils ont perdu la peur d'être attrapés. Dans le parc national croate Plitvice il est interdit depuis des années de se baigner, et bien sûr également de pêcher dans les lacs - les animaux manifestent leur reconnaissance aux visiteurs en nageant en bancs jusqu'au bord, et en se laissant même caresser!

"L'environnement peut être préservé de façon optimale grâce à un mécanisme régulateur interne sans que l'homme ne doive tuer. Je ne vois vraiment pour la chasse aucune autre fonction que d'être un plaisir."
Bruno Bas­sano, vétérinaire à Gran Para­diso, parc national

 

Chasse raisonnable ?

Chaque année en Suisse, presque 120'000 chevreuils, cerfs, renards, marmottes, chamois et lièvres sont fusillés. Vu que les arguments des partisans de la chasse ne sont en aucun cas défendables, celle-ci n'est justifiée que par l'acquisition de viande et de fourrures, et par le plaisir ostensible que le chasseur ressent quand il persécute et abat des animaux sauvages. De tels facteurs ne cautionnent aucunement, de nos jours, la souffrance d'animaux innocents, et on est en droit de se demander si une tradition aussi sanguinaire a encore sa raison d'être.

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