« Antibiotiques dans la viande à l'encontre de la loi fédérale sur la protection des animaux »

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En Suisse, 32 tonnes d'antibiotiques ont été donnés aux animaux en 20171 – à des animaux sains également.2 La loi fédérale sur la protection des animaux interdit pourtant l'utilisation d'antibiotiques chez des animaux sains.

Agés de quelques semaines seulement, les petits veaux reçoivent une dose d'antibiotiques correspondant au standard de l'élevage. Dans les grands élevages de veaux particulièrement, il n'y a pas d'autre alternative, selon l'information de Beat Mühlethaler, gérant de l'organisation d'élevage de veaux Univo. Un mode d'élevage comptant plus de 100 animaux sur un espace étroit augmente le risque de contamination des veaux par différents microbes. Il est impossible de détecter précisemment les différents animaux malades ; c'est pourquoi l'on traite désormais de manière prohylactique l'ensemble du troupeau. Pour ce faire, on mélange pendant 10 jours des antibiotiques dans de la poudre de lait afin d'en faire de la nourriture pour veaux. Au bout de 14 jours, cette cure est renouvelée deux à trois fois.

Les paysans font des réserves

L'usage d'antibiotiques est à l'ordre du jour dans les fermes standards. Chez les vaches laitières, des maladies inflammatoires telles que les inflammations du pis ou de légères blessures sont si fréquentes que les paysans n'appellent plus le vétérinaire quand ils y sont confrontés. Il est plus profitable pour le paysan de stocker chez lui les antibiotiques afin de pouvoir en faire usage lui-même.

Interdiction d'appliquer des antibiotiques

Vu de plus près, cette pratique est une infraction de la loi fédérale sur la protection des animaux. C'est aussi l'avis de la vétérinaire cantonale zuriquoise Regula Vogel :

« Si une forme d'élevage ne fonctionne qu'à condition de préalablement avoir recours à des antibiotiques, elle est contradictoire à la loi sur la protection des animaux. »

Il est cependant difficile voire impossible d'aller à l'encontre du recours aux antibiotiques sur le plan agricole. La raison en est simple : les vétérinaires aussi bien que les paysans profitent économiquement du traitement aux antibiotiques. Lors de la révision de la loi sur les médicaments, l'office fédéral de la santé publique (OFSP) avait proposé de limiter l'usage vétérinaire d'antibiotiques. Toutefois, la consultation avait montré que cette proposition était fortement controversée. Les partis paysans particulièrement s'opposaient à cette proposition, avait alors communiqué Urs Schneeberger de l'OFSP face à la SRF.

A chacun son profit

La raison qui anime un usage généreux d'antibiotiques est évidente : la viande doit être bon marché. En 2019, seulement 3,3 % de la viande de porc vendue était biologique. Pour le poulet, ce n'était que 2,6%.3 C'est bien la clientèle intéressée par de la viande bon marché qui représente le plus gros créneau de vente. Ainsi, il n'est pas rentable pour les producteurs de viande d'investir beaucoup d'espace, de temps et de travail pour les animaux. Ce sont les animaux qui en paient le prix en subissant leur courte vie durant de telles conditions. Il est déjà prévisible que ces méthodes se vengeront de l'homme. L'alimentation à base de produits d'origine animale contenant des bactéries résistantes aux antibiotiques a pour conséquence que les microbes se répandent également davantage chez l'homme. Et pour cause, en Suisse, plusieurs milliers de patients ont des infections qui ne peuvent plus être traitées à cause de microbes résistants.

Bernadette Raschle

Dernière mise-à-jour: 27.04.2020